Rémunération ou dividendes : deux chemins pour le même bénéfice
Dans une SAS, une SASU, une SARL ou une EURL soumise à l'impôt sur les sociétés, le dirigeant reçoit sa part du bénéfice par deux voies, qui ne traversent pas les mêmes impôts :
- la rémunération de son mandat : la société la retranche de son résultat si cette rémunération paie un travail effectif, sans excès au regard du service rendu (CGI, art. 39). Elle échappe ainsi à l'impôt sur les sociétés, mais supporte l'impôt sur le revenu du dirigeant et des cotisations sociales ;
- les dividendes : votés par les associés, ils sont prélevés sur le bénéfice qui reste après l'impôt sur les sociétés et ne se déduisent pas du résultat (service-public.fr). Ils supportent ensuite l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux (service-public.fr, dividendes).
Avant toute distribution, un vingtième au moins du bénéfice va à la réserve légale, jusqu'à ce qu'elle atteigne le dixième du capital (code de commerce, art. L. 232-10). Les taux de cet impôt, 15 % puis 25 %, sont détaillés dans le guide de l'impôt sur les sociétés.
La rémunération du dirigeant, imposée comme un salaire
À l'impôt sur le revenu, la rémunération du mandat social entre dans les traitements et salaires (service-public.fr). Deux cas :
- président ou directeur général de SAS ou de SASU, gérant minoritaire de SARL : le salaire se déclare en case 1AJ et l'impôt est retenu à la source sur chaque paie (brochure pratique 2026, p. 86) ;
- gérant majoritaire de SARL, associé unique d'EURL, la société étant à l'impôt sur les sociétés : rémunération de l'article 62 du CGI, imposée comme un salaire après déduction des cotisations sociales obligatoires, déclarée en case 1GB ; rien n'est retenu sur la paie, l'impôt passe par des acomptes du prélèvement à la source (brochure, p. 86).
Dans les deux cas, le montant déclaré est diminué de 10 % pour frais professionnels, au moins 509 € et au plus 14 555 € pour les revenus de 2025, ou des frais réels si vous les justifiez (brochure, p. 107). Le reste s'ajoute aux autres revenus du foyer et passe au barème progressif.
Salaire ou dividendes : à quel taux marginal êtes-vous imposé ? Joignez votre avis d'impôt : l'assistant fiscal IA calcule votre taux marginal au barème 2026 ; il explique cotisations et impôt sur les sociétés sans les calculer.Dividendes de SASU ou de SARL : 12,8 % ou le barème après 40 %
Au versement, 12,8 % d'impôt sont retenus en acompte, prérempli ensuite en case 2CK, avec les prélèvements sociaux. Un foyer peut être dispensé de cet acompte, pas des prélèvements sociaux, si son revenu fiscal de référence d'il y a deux ans reste sous 50 000 € pour une personne seule, 75 000 € pour un couple imposé en commun : il remet une attestation à celui qui verse les dividendes le 30 novembre au plus tard, l'année d'avant le versement (brochure pratique 2026, p. 121). À la déclaration, les dividendes inscrits en case 2DC sont imposés :
- par défaut, à 12,8 % de leur montant brut (CGI, art. 200 A) : l'acompte déjà retenu couvre cet impôt ;
- sur option, au barème (case 2OP) : 40 % du montant sont retirés de la base (CGI, art. 158) et une part de la CSG, 6,8 % du montant brut, se déduit du revenu de l'année (CGI, art. 154 quinquies). L'option vaut pour tous les revenus de capitaux mobiliers et plus-values de valeurs mobilières du foyer de l'année (brochure, p. 124 et 125).
Les prélèvements sociaux s'ajoutent dans les deux cas : 17,2 % sur les dividendes encaissés en 2025, 18,6 % depuis le 1er janvier 2026, la CSG étant passée de 9,2 % à 10,6 % (brochure, nouveautés, p. 45 ; service-public.fr). L'écart entre 12,8 % et le barème dépend du taux marginal d'imposition du foyer : le guide flat tax ou barème compare les deux tranche par tranche, et l'assistant fiscal IA calcule votre taux marginal d'après votre avis d'impôt.
Gérant majoritaire : des cotisations sur les dividendes au-delà de 10 %
Le gérant majoritaire de SARL et l'associé unique gérant d'EURL sont des travailleurs indépendants. Pour eux, une part des dividendes est traitée comme un revenu d'activité : celle qui dépasse 10 % d'un montant de référence (code de la sécurité sociale, art. L. 136-3, auquel renvoie l'art. L. 131-6 depuis 2025). Ce montant additionne le capital social détenu, primes d'émission comprises, et les sommes laissées en compte courant d'associé ; les parts, les comptes courants et les dividendes du conjoint ou partenaire de Pacs et des enfants mineurs non émancipés comptent avec les siens.
La part au-delà du seuil supporte les cotisations et contributions sociales des indépendants, la part en dessous les prélèvements sociaux de 18,6 % (Urssaf, juin 2026, p. 32). Avec 10 000 € de capital et 20 000 € en compte courant, le seuil est de 3 000 € : sur 20 000 € de dividendes, 3 000 € restent aux prélèvements sociaux et 17 000 € entrent dans l'assiette des cotisations. À l'impôt sur le revenu, rien ne change : les 20 000 € restent des dividendes, à 12,8 % ou au barème.
Le président de SAS ou de SASU n'a pas ce seuil : ses dividendes ne supportent que les prélèvements sociaux, quel que soit leur montant (Urssaf, p. 31).
Protection sociale : ce que chaque voie ouvre, ou non
La protection sociale du dirigeant est la contrepartie des cotisations prélevées sur ses revenus (service-public.fr) :
- rémunération d'un président de SAS ou de SASU : assimilé salarié, il relève du régime général (code de la sécurité sociale, art. L. 311-3) et cotise comme un cadre, sauf à l'assurance chômage, à laquelle il n'a pas droit : maladie, retraite de base et complémentaire, prévoyance (service-public.fr, SASU) ;
- rémunération d'un gérant majoritaire : travailleur non salarié, il cotise pour la maladie, les indemnités journalières, la retraite et l'invalidité-décès (service-public.fr) ; l'assurance chômage ne le couvre pas non plus à titre obligatoire (Urssaf, p. 37) ;
- dividendes d'un président de SAS : sans cotisation, ils n'ouvrent aucun droit ; sans salaire, il ne cotise pas (Urssaf, p. 27) ;
- dividendes d'un gérant majoritaire : la part au-delà du seuil de 10 % entre dans l'assiette de ses cotisations, retraite comprise (service-public.fr).
Les cotisations dépendent du statut, de la rémunération et des options choisies : elles se simulent sur le site de l'Urssaf (à chaque statut sa protection sociale) : SASU, EURL, dividendes.
Exemple : 50 000 € de bénéfice, deux répartitions, impôts seuls
Une SASU dégage en 2025 un bénéfice de 50 000 € avant la rémunération de son président, associé unique ; elle a droit au taux réduit et sa réserve légale est constituée. Le président vit seul, sans autre revenu. Les cotisations sociales, qui changent tout, ne sont pas calculées ici : elles se simulent sur le site de l'Urssaf. L'impôt sur le revenu suit le barème appliqué aux revenus de 2025 (brochure, calcul de l'impôt, p. 371).
| Montants | Tout en rémunération | Dividendes à 12,8 % | Dividendes au barème |
|---|---|---|---|
| Rémunération versée | 50 000 € | 0 € | 0 € |
| Impôt sur les sociétés | 0 € | 8 250 € | 8 250 € |
| Dividendes distribués | 0 € | 41 750 € | 41 750 € |
| Base de l'impôt sur le revenu | 45 000 € | 41 750 € | 22 211 € |
| Impôt sur le revenu | 6 604 € | 5 344 € | 798 € |
| Total des deux impôts | 6 604 € | 13 594 € | 9 048 € |
Rémunération : 50 000 € moins 10 % laissent 45 000 € ; l'impôt vaut 45 000 × 30 % − 6 896,01 = 6 603,99 €, arrondi à 6 604 €. Dividendes : l'impôt sur les sociétés prend 15 % de 42 500 € (6 375 €) et 25 % des 7 500 € suivants (1 875 €) ; 41 750 € sont distribués. À 12,8 %, ils coûtent 5 344 €. Au barème, 41 750 € moins 40 % (16 700 €) et moins 2 839 € de CSG déductible (6,8 %) laissent 22 211 € ; l'impôt de 1 167 € (22 211 × 11 % − 1 276) est réduit de 369 € par la décote : reste 798 €.
Ce tableau ne dit pas quelle voie coûte le moins : la rémunération supporte des cotisations, qui ouvrent des droits ; les dividendes, 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026, et des cotisations au-delà du seuil de 10 % chez un gérant majoritaire. Versés en 2026, les dividendes du bénéfice de 2025 relèveront, en cas d'option pour le barème, des tranches que fixera la loi de finances pour 2027 : voir la page du projet de loi de finances 2027.
Questions fréquentes
Rémunération ou dividendes : lequel est le moins imposé ?
Cela dépend du bénéfice, du taux marginal du foyer et surtout des cotisations sociales. La rémunération échappe à l'impôt sur les sociétés mais passe au barème après 10 % de frais. Les dividendes supportent d'abord l'impôt sur les sociétés, 15 % puis 25 %, puis 12,8 % ou le barème après 40 %, et 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026. Sur 50 000 € de bénéfice, les deux impôts vont de 6 604 € à 13 594 € selon la voie, cotisations non comptées.
Comment sont imposés les dividendes d'une SASU ?
Au versement, 12,8 % d'impôt sont retenus à titre d'acompte, avec 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026. À la déclaration, les dividendes restent imposés à 12,8 % ou, si le foyer coche la case 2OP, au barème après un abattement de 40 %, avec 6,8 % de CSG déductible. Le président de SASU ne paie aucune cotisation sociale sur ses dividendes, quel que soit leur montant ; ils ne lui ouvrent pas de droits sociaux.
Les dividendes d'un gérant majoritaire de SARL sont-ils soumis aux cotisations ?
Oui, pour la fraction qui excède 10 % du capital qu'il détient, primes d'émission et comptes courants d'associé compris, en comptant ceux du conjoint ou partenaire de Pacs et des enfants mineurs. Cette part supporte les cotisations des travailleurs indépendants ; le reste, 18,6 % de prélèvements sociaux. Avec 30 000 € de capital et de compte courant, le seuil est de 3 000 €. À l'impôt sur le revenu, tous ces dividendes restent imposés à 12,8 % ou au barème.
Le salaire du président de SASU est-il déductible de l'impôt sur les sociétés ?
Oui, s'il paie un travail effectif et n'est pas excessif au regard du service rendu : la société le retranche de son résultat. Le président le déclare en case 1AJ ; il est imposé au barème après une déduction de 10 %, entre 509 € et 14 555 € pour les revenus de 2025, ou après ses frais réels. La rémunération d'un gérant majoritaire de SARL suit les mêmes règles, déclarée en case 1GB, après déduction de ses cotisations obligatoires.
Les dividendes comptent-ils pour la retraite du dirigeant ?
Pas pour un président de SAS ou de SASU : ses dividendes ne supportent aucune cotisation, et sa protection sociale repose sur sa rémunération. Pour un gérant majoritaire de SARL ou d'EURL, la part des dividendes qui dépasse le seuil de 10 % entre dans l'assiette de ses cotisations, retraite comprise. Ni l'un ni l'autre n'est couvert par l'assurance chômage obligatoire. Les simulateurs de l'Urssaf chiffrent les cotisations de chaque cas.
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Sources
- CGI, art. 39, 1, 1° : rémunérations déductibles du résultat de la société
- CGI, art. 62 : rémunérations des gérants majoritaires et des associés de sociétés à l'impôt sur les sociétés
- CGI, art. 200 A : imposition forfaitaire de 12,8 % et option globale pour le barème
- CGI, art. 158, 3, 2° : abattement de 40 % sur les dividendes
- CGI, art. 154 quinquies, II : CSG déductible des revenus imposés au barème
- DGFiP, brochure pratique 2026, traitements et salaires (cases 1AJ et 1GB, déduction de 10 %), p. 86 et 107
- DGFiP, brochure pratique 2026, revenus de capitaux mobiliers (acompte de 12,8 %, case 2OP, case 2DC), p. 121 à 125
- DGFiP, brochure pratique 2026, principales nouveautés (CSG portée à 10,6 %), p. 45
- DGFiP, brochure pratique 2026, calcul de l'impôt
- Code de la sécurité sociale, art. L. 136-3, II, 2° : dividendes des travailleurs indépendants au-delà de 10 %
- Code de la sécurité sociale, art. L. 131-6 : assiette des cotisations des travailleurs indépendants (renvoi à l'art. L. 136-3)
- Code de la sécurité sociale, art. L. 311-3, 11° et 23° : dirigeants affiliés au régime général
- Code de commerce, art. L. 232-10 : réserve légale
- entreprendre.service-public.gouv.fr, régime fiscal des rémunérations des dirigeants de société (vérifié le 21 février 2026)
- entreprendre.service-public.gouv.fr, fiscalité des dividendes perçus par les associés (vérifié le 21 février 2026)
- service-public.gouv.fr, prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et de placements (vérifié le 30 juin 2026)
- entreprendre.service-public.gouv.fr, protection sociale du dirigeant de société (vérifié le 8 octobre 2026)
- entreprendre.service-public.gouv.fr, cotisations sociales d'une SASU (vérifié le 21 février 2026)
- Urssaf, « À chaque statut, sa protection sociale », juin 2026, p. 27, 31, 32 et 37
- Urssaf, mon-entreprise.urssaf.fr : simulateurs de revenus du dirigeant de SASU ou d'EURL, et de dividendes
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