LMNP ou LMP : les deux conditions du statut professionnel
Le statut ne se choisit pas : il découle des chiffres de l'année. La location meublée est exercée à titre professionnel quand deux conditions sont réunies (CGI, art. 155, IV) :
- les recettes de location meublée de tout le foyer dépassent 23 000 € sur l'année civile, loyers et charges compris, toutes taxes comprises ;
- elles dépassent aussi les autres revenus d'activité du foyer, comptés nets de frais ou d'abattement : salaires, pensions et retraites, bénéfices d'une autre activité commerciale, agricole ou libérale, rémunérations de gérant.
Qu'une seule condition manque, et vous restez loueur non professionnel (LMNP). La qualification se refait chaque année et vaut pour toutes les locations meublées du foyer ; l'année où la location commence, les recettes sont ramenées à douze mois (BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-10, § 50 à 170). L'inscription au registre du commerce n'est plus exigée depuis les revenus de 2020 (même article 155).
Le statut ne fixe pas le régime d'imposition. Le micro-BIC, possible pour 2025 si les recettes de 2023 ou de 2024 n'ont pas dépassé 77 700 € HT pour une location à l'année, retire d'office 50 % des recettes (case 5KP de la 2042-C-PRO, déclarant 1) ; au réel, le résultat se reporte case 5KC, ou case 5KF s'il est déficitaire (brochure pratique 2026, p. 168 à 171). Seul le réel fait apparaître un déficit.
Déficit LMP : imputable sur le revenu global, sauf l'amortissement
Le déficit d'un loueur professionnel se retranche de l'ensemble des revenus du foyer, sans plafond ; s'ils ne suffisent pas, le reste se reporte sur le revenu global des six années suivantes (CGI, art. 156, I ; FAQ de la DGFiP sur les locations meublées, p. 7). En LMNP, le même déficit ne s'imputerait que sur les bénéfices meublés des dix années suivantes. Trois limites :
- L'amortissement ne crée pas de déficit. Celui du logement et des meubles ne se déduit que dans la limite des loyers diminués des autres charges ; le surplus est reporté sur les exercices suivants (CGI, art. 39 C, II ; BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-20, § 57). Le déficit imputable vient donc des charges : intérêts, travaux d'entretien, taxe foncière, gestion.
- Les déficits de vos années en LMNP restent bloqués. Ils ne s'imputent ni sur le revenu global ni sur les bénéfices professionnels, et ne resservent que si l'activité redevient non professionnelle dans les dix ans (BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-20, § 250).
- Les charges payées avant la mise en location, comme les intérêts d'un achat sur plan, ne se déduisent du revenu global que par tiers sur les trois premières années de location, et à condition d'être professionnel dès le départ (CGI, art. 156, I-1° ter).
Exemple au barème 2026 : un déficit de 6 000 € imputé
Marc, célibataire sans enfant (une part), déclare 48 000 € de salaires nets imposables de 2025, frais professionnels déduits. Ses quatre logements meublés, loués à l'année, ont rapporté 52 000 € : plus de 23 000 € et plus que ses salaires, il est loueur professionnel.
- Résultat avant amortissement : 52 000 € de recettes, moins 58 000 € de charges (21 000 € d'intérêts, 20 000 € de travaux de réparation, 5 000 € de taxe foncière, 7 000 € de copropriété et d'assurance, 5 000 € de gestion et de comptabilité), soit un déficit de 6 000 €.
- Amortissement de l'année : 15 000 €. Les charges dépassant déjà les loyers, rien n'en est déductible en 2025 : les 15 000 € réduiront de futurs bénéfices.
- Revenu imposable : 48 000 € − 6 000 € = 42 000 €.
- Impôt : 0 % jusqu'à 11 600 €, 11 % de 11 600 € à 29 579 € (1 977,69 €), 30 % sur les 12 421 € suivants (3 726,30 €), soit 5 703,99 €, arrondis à 5 704 €.
- Sans le déficit, sur 48 000 € : 1 977,69 € + 18 421 € × 30 % (5 526,30 €) = 7 503,99 €, arrondis à 7 504 €.
Le déficit fait baisser l'impôt de 1 800 €, soit 30 % de 6 000 € : c'est le taux marginal d'imposition de Marc. Aucune décote à ce niveau d'impôt ; les cotisations sociales de l'activité se calculent à part (barème et tables de la brochure 2026, p. 371 et 374).
Cotisations sociales : l'Urssaf remplace les prélèvements sociaux
Le loueur professionnel relève du régime des travailleurs indépendants (code de la sécurité sociale, art. L611-1, 6°). Ses cotisations, calculées par l'Urssaf sur les revenus de l'activité, prennent la place des prélèvements sociaux du loueur non professionnel, qui représentent 18,6 % du bénéfice imposable pour les revenus de 2025 (aide-mémoire 2026, p. 62 ; BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-10, § 40). Pour les estimer : les simulateurs de l'Urssaf.
Revendre en LMP : plus-values professionnelles et exonérations
Inscrit à l'actif d'un loueur professionnel, le logement relève à la vente des plus-values professionnelles, pas du régime des particuliers ; c'est le statut de l'année de la vente qui décide (BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-20, § 400 et 460).
- Pour un bien détenu depuis deux ans au moins, la part de la plus-value qui correspond aux amortissements déduits est à court terme : elle s'ajoute au bénéfice de l'année (CGI, art. 39 duodecies).
- Le surplus, à long terme, est taxé à 12,8 % (CGI, art. 39 quindecies), plus 18,6 % de prélèvements sociaux pour une vente de 2025 (aide-mémoire, p. 62). Sur un immeuble, il diminue de 10 % par année de détention au-delà de la cinquième (CGI, art. 151 septies B).
- Après au moins cinq ans d'activité professionnelle, périodes cumulées, toute la plus-value est exonérée si la moyenne des recettes hors taxes des deux années précédentes ne dépasse pas 90 000 €. Entre 90 000 € et 126 000 €, la part exonérée vaut (126 000 € − recettes) ÷ 36 000 € : la moitié pour 108 000 € (CGI, art. 151 septies ; BOFiP, § 410 et 420). L'exonération couvre l'impôt et les prélèvements sociaux pour un bien détenu depuis plus de deux ans (brochure, p. 172).
En LMNP, la vente suit le régime des particuliers et ses abattements pour durée de détention : voyez la location meublée non professionnelle et les exonérations de plus-value immobilière.
IFI et transmission : des conditions à part
Pour un foyer redevable de l'impôt sur la fortune immobilière, les logements meublés sont des biens professionnels exonérés à des conditions propres à cet impôt : plus de 23 000 € de recettes annuelles, et un bénéfice de location meublée supérieur à la moitié des revenus professionnels nets du foyer, ce bénéfice compris (CGI, art. 975, I et V ; BOFiP, BOI-PAT-IFI-30-10-10-10, § 60). L'activité doit aussi être votre profession principale, ce qu'elle n'est en général pas à côté d'un emploi à plein temps (BOI-PAT-IFI-30-10-10-30, § 20).
Donner l'activité ou la laisser en héritage fait apparaître les plus-values professionnelles. Si la location est poursuivie, leur imposition peut, sur option, être reportée ; elles sont définitivement exonérées après cinq ans de poursuite, mais l'option écarte l'exonération de l'article 151 septies (CGI, art. 41 ; BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-20, § 435). Pour les droits de donation et de succession, l'exonération de 75 % prévue pour transmettre une entreprise ne joue pas : l'administration en exclut la location de locaux meublés d'habitation (BOI-ENR-DMTG-10-20-40-40, § 1 et 15 ; BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10, § 15). Les logements suivent le barème ordinaire des droits de succession.
Devenir LMP sans l'avoir décidé
La comparaison se refaisant chaque année, une retraite, un conjoint qui cesse de travailler ou un logement de plus suffisent à faire basculer. Un couple qui encaisse 30 000 € de loyers meublés et 32 000 € de salaires nets est non professionnel. L'année où l'un part à la retraite et où salaires et pensions du foyer tombent à 28 000 €, il devient loueur professionnel. Aussitôt, le déficit de l'année s'impute sur le revenu global, des cotisations sociales remplacent les prélèvements sociaux, une vente relève des plus-values professionnelles et l'IFI peut exonérer les logements, à ses propres conditions.
Changer de statut, dans un sens ou dans l'autre, n'est pas une cessation d'activité et ne déclenche aucune imposition immédiate. Comme le statut de l'année d'une vente n'est pas toujours connu le jour de la vente, l'administration admet d'appliquer celui de l'année précédente, puis de régulariser sans pénalité (BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-20, § 450 et 470).
Le projet de loi de finances pour 2027 limiterait l'amortissement des seuls loueurs non professionnels ; rien n'est voté (suivez le texte). Pour savoir de quel côté vous tombez cette année, posez la question à l'assistant fiscal IA, gratuit.
Questions fréquentes
LMNP ou LMP : comment savoir si je suis loueur professionnel ?
Comparez deux chiffres de l'année : vos recettes de location meublée, loyers et charges compris, et les autres revenus d'activité du foyer, salaires et pensions compris, nets de frais. Si les recettes dépassent 23 000 € et dépassent ces autres revenus, vous êtes LMP. Avec 26 000 € de loyers et 24 000 € de pension nette, vous l'êtes ; avec 26 000 € de loyers et 40 000 € de salaires, vous restez LMNP.
Un déficit de loueur meublé professionnel se déduit-il du salaire ?
Oui : il se retranche du revenu global du foyer, sans plafond, et ce qui dépasse se reporte sur les six années suivantes. Seules les charges peuvent le créer, car l'amortissement ne se déduit que dans la limite des loyers diminués des autres charges. Dans la tranche à 30 %, un déficit de 6 000 € fait baisser l'impôt de 1 800 €. Les déficits accumulés en LMNP, eux, restent bloqués.
Quelle exonération de plus-value pour un loueur en meublé professionnel ?
Après au moins cinq ans d'activité professionnelle, la plus-value de vente est exonérée en totalité si la moyenne des recettes hors taxes des deux années précédentes ne dépasse pas 90 000 €, et en partie jusqu'à 126 000 € : la moitié pour 108 000 €. À défaut, la part correspondant aux amortissements déduits s'ajoute au bénéfice de l'année et le reste est taxé à 12,8 %, plus les prélèvements sociaux.
Un loueur en meublé professionnel paie-t-il l'IFI sur ses logements ?
Pas si ses logements sont des biens professionnels au sens de l'IFI : plus de 23 000 € de recettes annuelles, un bénéfice de location meublée supérieur à la moitié des revenus professionnels du foyer et une activité exercée à titre principal. Ce n'est en général pas le cas à côté d'un emploi à plein temps, ni avec un bénéfice nul : les logements entrent alors dans l'assiette de l'IFI.
Devient-on LMP en partant à la retraite ?
C'est possible : les pensions comptent parmi les revenus comparés aux loyers. Si vos recettes meublées dépassent 23 000 € et dépassent les salaires et pensions nets du foyer, vous êtes loueur professionnel cette année-là, sans démarche. Le déficit devient imputable sur le revenu global, mais des cotisations sociales remplacent les prélèvements sociaux et une vente relève des plus-values professionnelles.
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Sources
- Code général des impôts, art. 155, IV, 2 : location meublée exercée à titre professionnel (Légifrance, version en vigueur depuis le 21 février 2026)
- Code général des impôts, art. 156, I : imputation des déficits sur le revenu global, location meublée (Légifrance, version en vigueur depuis le 1er juillet 2026)
- Code général des impôts, art. 39 C, II : amortissement des biens loués par une personne physique (Légifrance, version en vigueur depuis le 1er janvier 2015)
- Code général des impôts, art. 39 duodecies : plus-values professionnelles à court et à long terme (Légifrance, version en vigueur depuis le 16 février 2025)
- Code général des impôts, art. 39 quindecies : taux de 12,8 % des plus-values à long terme (Légifrance, version en vigueur depuis le 1er janvier 2018)
- Code général des impôts, art. 151 septies : exonération des plus-values des petites entreprises (Légifrance, version en vigueur depuis le 16 février 2025)
- Code général des impôts, art. 151 septies B : abattement sur les plus-values immobilières professionnelles à long terme (Légifrance, version en vigueur depuis le 10 avril 2009)
- Code général des impôts, art. 41 : transmission à titre gratuit d'une entreprise individuelle (Légifrance, version en vigueur depuis le 29 décembre 2008)
- Code général des impôts, art. 975 : impôt sur la fortune immobilière, actifs professionnels (Légifrance, version en vigueur depuis le 21 février 2026 ; le 1° du V, location meublée, est inchangé)
- Code de la sécurité sociale, art. L611-1, 6° : loueurs en meublé affiliés au régime des travailleurs indépendants (Légifrance, version en vigueur depuis le 16 décembre 2020)
- BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-10 du 15 avril 2026 : détermination du caractère professionnel de la location meublée (§ 40 à 200)
- BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-40-20 du 19 août 2026 : amortissement, déficits, plus-values et changement de statut du loueur en meublé (§ 57, 250, 350 à 470)
- BOFiP, BOI-PAT-IFI-30-10-10-10 du 2 mai 2019 : location meublée et exonération des actifs professionnels à l'IFI (§ 50 et 60)
- BOFiP, BOI-PAT-IFI-30-10-10-30 du 8 juin 2018 : exercice de l'activité à titre principal (§ 20)
- BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10 du 10 août 2026 : activités exclues de l'exonération partielle de droits de mutation, dont la location meublée d'habitation (§ 15)
- BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-40 du 10 août 2026 : transmission d'une entreprise individuelle, exonération de 75 % et activités éligibles (§ 1 et 15)
- DGFiP, brochure pratique 2026 de l'impôt sur le revenu : micro-BIC, loueurs en meublé professionnels, plus-values professionnelles et leur exonération (p. 168 à 172)
- DGFiP, brochure pratique 2026, aide-mémoire : prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine de 2025 (p. 62)
- DGFiP, brochure pratique 2026, calcul de l'impôt : barème des revenus de 2025 (p. 371) et tables de l'impôt (p. 374)
- DGFiP, foire aux questions « Régime des locations meublées » (mars 2026), p. 3, 7 et 10
- Urssaf, mon-entreprise.urssaf.fr : simulateurs de cotisations des indépendants et de la location meublée
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